
Suites pour les soupers du Roy | Lalande
Pour le tricentenaire de la mort de Lalande, Le Concert Spirituel et Hervé Niquet imaginent une répétition chez le compositeur lui-même, la veille d'un souper royal. 32 pistes, 60 minutes, entre suites flamboyantes, caprices virtuoses et un épilogue aussi savoureux qu'irrévérencieux.
Informations
Label : Alpha Classics (Réf. ALPHA1272)
Parution : 2 octobre 2026 (CD et plateformes numériques)
Format : 32 pistes
Durée : 60'07
Enregistrement : avril 2025, TAP – Scène nationale de Grand Poitiers
Livret en ligne accessible ici
Crédit photo : Virginie Pérocheau
Distribution
Hervé Niquet direction
Le Concert Spirituel orchestre
Jean-Philippe Desrousseaux narration
En 1726 s'éteignait Michel-Richard de Lalande, surintendant de la musique du Roi. Trois siècles plus tard, Hervé Niquet et Le Concert Spirituel lui redonnent voix avec un disque qui ne se contente pas de commémorer : il met en scène, en révélant un Lalande compositeur de symphonies flamboyantes.
Plutôt que de restituer le déroulé musical d'un Grand Couvert à Versailles, Hervé Niquet renverse la perspective. Il imagine les coulisses : un soir, chez Lalande, quelques musiciens familiers de la musique de la chambre se retrouvent pour répéter et réagencer les suites destinées au prochain souper du Roi. Massialot, cuisinier et maître d'hôtel du compositeur, va et vient, apporte à boire et à manger, et lit à voix haute le courrier et les gazettes tout juste arrivés par la malle-poste.
Le repas — et le disque — se referment sur trois pistes qui en forment le dessert : une lettre truculente de la princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV (piste 30) ; une chanson à boire de 1683, Pourquoi boirions-nous de l'eau ? (piste 31) ; et le Cotillon du spectacle, malicieusement sous-titré Pâté en croûte et vieux ragots (piste 32), qui, comme son nom l'indique, clôt bel et bien l'album.
« Dans la France aristocratique de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, le raffinement le plus exquis côtoie sans complexe le trivial le plus assumé », résume la spécialiste Françoise Rubellin (Université de Nantes), qui signe un texte du livret sur cette France des courtisans où la grivoiserie se mêle sans complexe au grand cérémonial.
Le résultat : un Versailles moins figé, plus mobile et presque domestique, où la musique n'est plus seulement l'habit du pouvoir mais redevient un plaisir partagé — un « laboratoire sonore » vivant, selon les mots du musicologue Thomas Leconte (Centre de musique baroque de Versailles), auteur du texte de présentation du disque.
Lalande, architecte du son
Au-delà de son inventivité scénique, l'album porte avant tout une proposition musicologique. Les Sinphonies pour les Soupers du Roy ne forment pas une œuvre figée : ce sont des centaines de pages sans cesse recomposées sur plusieurs décennies, retouchées au gré des règnes, des circonstances et des goûts de la cour, empruntant largement à des divertissements antérieurs (Ballet des Fées, L'Hymen champêtre, Ballet de la Paix, ballets de L'Inconnu et de Cardenio). Le Concert Spirituel en propose une traversée qui révèle la logique interne de ce patrimoine mouvant — jusque dans l'architecture même du disque, à l'image de ce « Millefeuille » composé à partir de quatre suites différentes (11e, 13e, 14e et 15e).
Pièce maîtresse de cette relecture : le Troisième Caprice, seule œuvre du programme rendue dans l'intégralité de son écriture orchestrale à cinq parties. Ses voix intermédiaires, disparues des sources, ont été restituées spécialement pour cet enregistrement par Thomas Leconte. On y entend l'une des inventions les plus audacieuses de Lalande : de longs « récits » confiés au seul basson, qui surgissent de la texture orchestrale comme des voix venues de l'opéra ou de la tradition de l'orgue. Les effectifs eux-mêmes racontent une histoire : conçues pour la bande des Petits Violons, dissoute en 1715, ces pages ont ensuite circulé dans des formations plus réduites. Le Concert Spirituel restitue ici cette plasticité, alternant pages pleinement orchestrales et épisodes plus chambristes.
« Le surintendant de la musique du Roi, réputé pour sa musique sacrée et ses nombreux divertissements, était aussi un remarquable compositeur de sinfonies. » — Hervé Niquet
« Le raffinement le plus exquis côtoie sans complexe le trivial le plus assumé. » — Françoise Rubellin, Université de Nantes
« Les Symphonies de Lalande apparaissent moins comme un monument figé que comme une matière en perpétuelle transformation. » — Thomas Leconte, Centre de musique baroque de Versailles

