Samedi 20 novembre 2021, 19h
Dimanche 21 novembre 2021, 15h
Chapelle royale de Versailles

Avec
Fatma Saïd Soprano
Ambroisine Bré Alto
Robin Tritschler Ténor
Andreas Wolf Basse

Chœur et orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet Direction

Durée : 2h entracte inclus

Un Requiem pour deux rivaux

Réunir les noms de Mozart et Salieri en une même affiche, sans tomber dans les clichés ou les bruits de comptoir véhiculés depuis deux siècles est chose malaisée. Dégageons les évidences : oui, quand Mozart arrive à Vienne en 1781 sans statut officiel, il est envieux des prérogatives de Salieri, installé dans la cité impériale depuis près de vingt ans, musicien officiel de la cour et directeur des théâtres depuis 1774. Oui, le succès de L’Enlèvement au Sérail de Mozart face à l’insuccès de son propre singspiel, Der Rauchfankehrer – également créé à Vienne - est un camouflet pour Salieri. Mais en parallèle, oui, la théorie de l’empoisonnement (véhiculée depuis l’époque romantique) a été maintes fois contredite par la raison, tout comme la prétendue commande prophétique du Requiem ; et oui, les deux compositeurs s’estimaient mutuellement, comme le révèle entre autres l’anecdote d’un Mozart si heureux d’avoir vu Salieri émerveillé lors d’une représentation de sa Flûte Enchantée à laquelle il l’avait emmené. 

Il ne faut donc pas voir, entre ces deux Requiem, une concurrence féroce entre deux monstres musicaux, dont l’un serait l’incompris et l’autre, un intriguant passablement assis sur ses lauriers. Au contraire, tous les deux, bien que d’inspirations différentes et distinctes de presque quinze ans d’âge sont des chefs-d’œuvre du classicisme viennois - ce mélange d’écriture italienne et de structure germanique, de traits d’esprit contrastés et de fondations tonales communes. Assembler ces deux Requiem en un seul concert – chose inédite en France à l’heure actuelle -, c’est montrer toute l’efficacité de cette écriture d’une époque, au service d’une idée qui a toujours dépassé les hommes : la mort, l’au-delà, l’espérance.

Note Thomas Tacquet